Pour la rentrée, faites-vous une fleur!

Plus encore que le nouvel an, le retour des vacances estivales est un moment propice aux bonnes résolutions. Et si, pour cette rentrée 2018, vous preniez la décision de… vous aimer ?!

Entendons-nous bien. Il ne s’agit pas de vous regarder avec un peu plus d’indulgence ; encore moins de vous raconter des histoires sur vous-même, de nier vos gros défauts et vos petites manies mais de vous accepter inconditionnellement et sans vergogne. C’est la proposition simple et directe développée par Fabrice Midal dans son dernier livre. S’appuyant sur une interprétation dépoussiérée du mythe de Narcisse, il y traite avec verve et sincérité, sur un ton souvent très personnel, l’inépuisable question de la relation à soi et au monde dans un livre plus profond que ne pourrait le laisser penser son titre : « Sauvez votre peau, devenez narcissique » ! (1)

Chasse aux idées reçues et au vocabulaire convenu

Ce pseudo-cri d’alarme aux accents provocateurs s’enbracine en effet dans une conviction qui pourra étonner, voire choquer : en dépit de l’hédonisme consumériste qui semble désormais prévaloir en Occident, la morale dominante reste imprégnée du mépris, voire de la haine de soi. Ce qui explique sans doute que le « pervers narcissique » (2) soit devenu l’une des figures emblématiques de l’abomination.

Dans ces conditions, débarrasser le narcissisme, c’est-à-dire le nécessaire amour de soi, de toute dimension péjorative (voire pathologique) n’est pas une mince affaire. L’auteur (Philosophe et fondateur de l’École Occidentale de Méditation) s’acquitte de la tâche avec une conviction et une cohérence qui forcent le respect et le travail de recadrage sémantique auquel il procède est déterminant. Ainsi, l’outrance nombriliste de Donald Trump ou de certaines égéries du star system retrouve-t-elle une qualification plus classique, celle d’une insondable vanité. Or, contrairement aux apparences, le vaniteux ne s’aime pas ! Il s’attache, avec une énergie féroce (en vérité désespérée), à une certaine idée ou image de lui-même. Incapable de s’accepter tel qu’il est, il n’a d’autre choix que de chercher sans répit dans le regard des autres, et par tous les moyens possibles (des plus brutaux aux plus séducteurs), à se rassurer sur sa puissance, son intelligence, sa beauté, etc. En fait, s’il ne s’avérait pas souvent aussi dangereux, il serait juste pitoyable.

S’aimer : la mère de toutes les vertus ?

Les bienfaits d’un narcissisme ainsi débarrassé de sa gangue culpabilisatrice sont immenses. Faire la paix avec soi n’est pas seulement la voie la plus sûre vers l’accomplissement de son potentiel. C’est aussi la clé d’une relation au monde paisible et juste (ni égoïste, ni sacrificielle).  N’en déplaise à ceux qui considèrent que l’affection que l’on se donne est perdue pour les autres, l’amour du “prochain” passe bel et bien par l’amour de soi (3). De même, on ne peut donner si l’on ne sait aussi accueillir et recevoir. C’est également (de manière peut-être moins évidente) la source d’une qualité que l’on célèbre à mesure de sa rareté : le courage. Celui qui consiste à prendre le risque de quitter les routes balisées pour suivre son propre chemin ; celui qui donne l’énergie de dire « non » à l’intolérable, parfois au prix de sa vie.

Qu’il est difficile de (s’)aimer !

Reste une question essentielle : comment parvenir à s’aimer, à être en paix avec soi-même et accéder ainsi à l’épanouissement et au renouveau que symbolise le narcisse par sa floraison printanière ? Autant le dire d’emblée, les amateurs de trucs, panacée et autres potions miraculeuses seront déçus. Fabrice Midal nous ramène à une réalité contrariante : la vérité ne se trouve pas plus dans la « froide raison » que dans le sentiment ou l’émotion ; s’en prendre à l’ego ne résout rien (l’ego n’est qu’une construction mentale ; en prendre conscience n’est pas forcément facile à vivre). Enfin, accorder du temps à son bien-être physique et mental est un premier pas dans la bonne direction, à une condition toutefois : qu’il ne s’agisse pas uniquement d’une récompense ou d’une compensation pour tous les actes de harcèlement dont, si souvent, nous nous nous rendons coupable à notre égard !

Une chose au moins est certaine : pour s’aimer, encore faut-il se connaître. Vraiment. Or, pour cela, il n’y a pas de recette universelle : quelques centaines d’heures sur un divan ou sur un coussin de méditation ne vous y aideront pas forcément. Surtout si vous appliquez à cette démarche le même souci de performance et de résultat que vous mettez au service de votre travail !

Chacun sa route

Autrement dit, il appartient à chacun de sortir des “autoroutes de la pensée” pour trouver son propre chemin avant d’en suivre patiemment les méandres. « Tapissé – selon l’auteur – de bienveillance et de questionnements », ce voyage à la rencontre de soi-même peut réserver des surprises (pas forcément agréables) et suppose donc une bonne dose de lâcher-prise. Ainsi nous confronte-t-il inévitablement aux émotions qui régissent les animaux que nous n’avons jamais cessé d’être : peur, colère et tristesse. Ce faisant, il nous invite aussi à mieux en comprendre les causes pour laisser une place de plus en plus grande à la joie qui accompagne, selon Spinoza, le « passage d’une moindre vers une plus grande perfection ». Une aventure en somme ; sans doute la plus belle de toutes.

Bonne rentrée et… bonne route !

(1) Adepte des titres chocs, F. Midal a notamment publié en janvier 2017 : « Foutez-vous la paix et commencez à vivre. »

(2) Les ouvrages ont fleuri en nombre sur la question au cours des dernières années, largement repris par les médias d’information ainsi que les fictions télévisées (Voir le personnage de Franck Underwood dans la “série culte” : House of Cards). Sans nier l’existence de ces personnages éminemment nuisibles, on peut s’interroger, dans une perspective psychosociologique, sur la signification de l’engouement du grand public pour ces figures que l’on prend tant de plaisir à détester.

(3) Admirateurs de Saint-Augustin, n’ouvrez pas ce livre ! Fabrice Midal n’a pas une grande tendresse pour l’Evêque d’Hippone, qui en opposant la Cité de Dieu à la Cité Terrestre, dénonce férocement, en l’homme, “l’amour de soi jusqu’au mépris de Dieu”.